Frédéric JANVIER Expert-comptable

Expert-comptable                                                    Président du cabinet d’expertise comptable et d’audit Audit Experts

Paris, le 3 Juillet 2026

Compte courant d’associé : le guide complet 2026 (fonctionnement, intérêts, remboursement, convention, abandon)

L’essentiel en 30 secondes

Le compte courant d’associé est une avance de fonds consentie par un associé ou un dirigeant à sa société : une dette de la société envers lui, inscrite au passif du bilan (compte 455), distincte du capital social. Sauf convention contraire, il est remboursable à tout moment, même si la trésorerie de la société est tendue (jurisprudence constante de la Cour de cassation). Il peut être rémunéré par des intérêts, déductibles pour la société dans la limite d’un taux plafond : 4,55 % pour un exercice de 12 mois clos le 31 décembre 2025, environ 4,34 % à 4,39 % pour les clôtures du deuxième trimestre 2026. Côté associé personne physique, ces intérêts sont imposés au PFU, porté à 31,4 % en 2026. En cas de difficultés, l’associé peut abandonner sa créance, avec ou sans clause de retour à meilleure fortune, pour reconstituer les capitaux propres. Chaque étape (convention, taux, remboursement, abandon) a des conséquences juridiques, comptables et fiscales précises, détaillées dans ce guide.

Ce guide accompagne notre vidéo publiée ce jour — vous pouvez la visionner ci-dessous.

Sommaire

  1. Qu’est-ce qu’un compte courant d’associé ?
  2. Compte courant ou capital social : quelle différence ?
  3. Qui peut détenir un compte courant d’associé ?
  4. Comment fonctionne un compte courant d’associé (apports, retraits, comptabilisation) ?
  5. Compte courant, augmentation de capital ou prêt bancaire : que choisir ? (exemple chiffré)
  6. La rémunération du compte courant : intérêts et taux maximum 2026
  7. Le remboursement du compte courant d’associé : ce que dit vraiment la jurisprudence
  8. La convention de compte courant d’associé
  9. Le compte courant débiteur : l’interdit absolu
  10. Compte courant d’associé et contrôle fiscal : les 5 points que vérifie l’administration
  11. Ce que les banques regardent (et pourquoi elles demandent un blocage)
  12. Compte courant et procédures collectives : mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde, redressement, liquidation
  13. L’abandon de compte courant et la clause de retour à meilleure fortune
  14. Cas particuliers : holdings, SCI, SEL et SPFPL
  15. Les 7 erreurs les plus fréquentes
  16. FAQ : vos questions sur le compte courant d’associé

Qu’est-ce qu’un compte courant d’associé ?

Le compte courant d’associé (souvent abrégé CCA) est une somme d’argent qu’un associé, un actionnaire ou un dirigeant met temporairement à la disposition de sa société, en plus de sa part de capital. Juridiquement, c’est un prêt. Comptablement, c’est une dette de la société envers cet associé, inscrite au passif du bilan.

Concrètement, au lieu que la société emprunte auprès d’une banque, c’est l’associé qui lui prête l’argent. Votre société manque de trésorerie pour payer ses fournisseurs, ses salaires ou sa TVA ? Vous effectuez un virement de 20 000 € de votre compte personnel vers le compte bancaire de la société. Ces 20 000 € ne constituent pas une augmentation de capital : ils ne vous donnent aucune part sociale ou action supplémentaire. Ils sont enregistrés en comptabilité dans votre compte courant d’associé. La société vous doit cet argent et pourra vous le rembourser ultérieurement.

Attention à un piège de vocabulaire fréquent : malgré son nom, le compte courant d’associé n’est pas un compte bancaire. C’est une ligne comptable qui retrace, sur le papier, ce que la société doit à chaque associé. On ne fait pas de virement « depuis » un compte courant d’associé : on fait des virements entre le compte bancaire de l’associé et celui de la société, et le compte courant en garde la trace.

Le mécanisme n’a pas de définition légale unique : il repose sur la liberté contractuelle et sur la qualification de prêt retenue de manière constante par la jurisprudence. C’est ce qui explique à la fois sa très grande souplesse et les précautions qu’il impose (voir la partie consacrée à la convention).

Compte courant ou capital social : quelle différence ?

C’est la confusion la plus répandue chez les dirigeants. Les deux mettent de l’argent dans la société, mais leurs logiques sont opposées : le capital est destiné à rester durablement dans l’entreprise et n’est restitué, en principe, qu’à la dissolution ; le compte courant est en principe remboursable à tout moment.

CritèreCapital socialCompte courant d’associé
Nature juridiqueApport (fonds propres)Prêt (dette de la société)
Contrepartie pour l’apporteurParts sociales ou actionsCréance sur la société
Récupération des fondsÀ la dissolution (ou réduction de capital, procédure lourde)À tout moment, sauf convention contraire
FormalismeStatuts, assemblée générale, greffe, publicitéAucun formalisme légal (convention fortement recommandée)
RémunérationDividendes (si bénéfices distribuables)Intérêts (même sans bénéfice)
Droit de vote supplémentaireOui (proportionnel aux titres)Non
Position en cas de liquidationRemboursé en dernierCréancier chirographaire (avant les associés, après les créanciers privilégiés)
Impact sur la solidité du bilanFonds propresDette (sauf blocage assimilé à des quasi-fonds propres par les banques)

Une conséquence pratique souvent ignorée : les dividendes se répartissent selon le capital détenu, pas selon les comptes courants. L’associé qui a massivement financé la société en compte courant plutôt qu’en capital ne touchera pas un euro de dividende supplémentaire à ce titre — il percevra, éventuellement, des intérêts.

Qui peut détenir un compte courant d’associé ?

Le régime a été nettement assoupli par la loi Pacte du 22 mai 2019 (loi n° 2019-486), qui a modifié l’article L. 312-2 du Code monétaire et financier. Avant cette réforme, un associé de SARL ou de société par actions devait détenir au moins 5 % du capital pour consentir une avance en compte courant. Cette condition de seuil a été supprimée.

Peuvent aujourd’hui consentir une avance en compte courant :

QualitéSARLSAS / SASUSASCI et sociétés civiles
Associé ou actionnaire (quelle que soit sa participation)OuiOuiOuiOui
GérantOui, même non associéOui
Président, directeur général, DG déléguéOuiOui
Membre du directoire ou du conseil de surveillanceOui
Société mère (personne morale associée)OuiOuiOuiOui

À noter pour les sociétés d’exercice libéral (SEL) : des plafonds spécifiques, fixés par décret profession par profession, limitent le montant des apports en compte courant de certains associés (voir la partie « Cas particuliers »).

Comment fonctionne un compte courant d’associé ?

Ce qui alimente le compte (au crédit)

Le compte courant d’associé s’alimente de trois façons principales :

  • les versements volontaires : virement du compte personnel de l’associé vers le compte de la société, à la création ou en cours de vie sociale ;
  • les frais avancés pour le compte de la société : le dirigeant paie avec sa carte personnelle un déplacement professionnel, du matériel, un logiciel — la somme est portée au crédit de son compte courant tant qu’elle ne lui est pas remboursée ;
  • les sommes dues et laissées à disposition : rémunérations décidées mais non versées, dividendes votés en assemblée mais non payés (attention : l’inscription en compte courant vaut paiement fiscalement — les dividendes deviennent imposables dès leur inscription, même si l’associé n’a rien touché sur son compte bancaire).

Ce qui diminue le compte (au débit)

Les remboursements effectués par la société à l’associé, en une ou plusieurs fois. Règle d’or : les retraits ne doivent jamais excéder les sommes apportées, sous peine de rendre le compte débiteur — situation interdite pour les personnes physiques et pénalement risquée (voir plus bas).

La comptabilisation

OpérationDébitCrédit
Apport de l’associé512 Banque4551 Associés — comptes courants
Remboursement à l’associé4551 Associés — comptes courants512 Banque
Intérêts dus à l’associé6615 Intérêts des comptes courants4558 Associés — intérêts courus
Compte courant bloqué512 Banque1681 Autres emprunts et dettes assimilées
Intérêts sur compte bloqué661 Charges d’intérêts1688 Intérêts courus

Au bilan, le compte courant figure au passif, dans les dettes financières (« emprunts et dettes financières diverses »). C’est un point que les banquiers et les repreneurs regardent systématiquement : un compte courant élevé raconte l’histoire du financement réel de l’entreprise par ses associés.

Compte courant, augmentation de capital ou prêt bancaire : que choisir ?

C’est la vraie question du dirigeant. Prenons un cas concret que nous rencontrons chaque semaine au cabinet.

Exemple chiffré : une SAS a besoin de 50 000 €

Une SAS rencontre un besoin de trésorerie de 50 000 € pour financer son BFR pendant 12 mois. Trois solutions s’offrent au président, associé unique.

CritèreApport en compte courantAugmentation de capitalPrêt bancaire
Rapidité de mise en placeImmédiate (un virement)3 à 6 semaines (AG, statuts, greffe)4 à 12 semaines (dossier, garanties)
Coût de mise en place0 € (hors convention)Honoraires + frais de greffe et de publicitéFrais de dossier, garanties, assurance
Récupération des fondsÀ tout moment (sauf blocage)Quasi impossible avant dissolutionSans objet
Coût annuel pour la sociétéIntérêts facultatifs (plafonnés à ≈ 4,3–4,4 % déductibles en 2026)Aucun (mais dilution si tiers)Taux du marché + garanties, non négociable
Effet sur les fonds propresAucun (dette), sauf blocageRenforcement directAucun (dette)
Effet sur la capacité d’emprunt futureNeutre à positif si bloquéPositifNégatif (endettement accru)
Risque pour l’apporteurPerte en cas de liquidation (créancier chirographaire)Perte du capital en dernier rangCaution personnelle souvent exigée

Dans ce cas précis, l’apport en compte courant est presque toujours la bonne réponse pour un besoin temporaire : zéro formalisme, zéro coût d’entrée, réversibilité totale. L’augmentation de capital se justifie quand le besoin est durable, quand il faut rassurer des partenaires (banques, clients grands comptes, investisseurs) ou quand le niveau des capitaux propres l’exige — notamment pour éviter la procédure des capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social (article L. 225-248 du Code de commerce pour les SA, L. 223-42 pour les SARL). Le prêt bancaire, lui, garde tout son sens pour financer des investissements longs, en laissant le compte courant jouer son rôle d’amortisseur de trésorerie.

En pratique, les trois se combinent : les banques conditionnent d’ailleurs fréquemment leur prêt à un apport en compte courant bloqué (voir la partie « banques »).

La rémunération du compte courant : intérêts et taux maximum 2026

Le principe

L’associé qui laisse des fonds à disposition de sa société peut être rémunéré par des intérêts, comme n’importe quel prêteur. Ce n’est jamais une obligation lorsque le prêteur est une personne physique : beaucoup de dirigeants de PME renoncent à toute rémunération, notamment quand ils sont seuls associés (se verser des intérêts revient alors à déplacer de l’argent d’une poche à l’autre, avec un frottement fiscal).

La situation s’inverse lorsque le prêteur est une société (une holding, par exemple) : une avance consentie sans intérêt à une autre société du groupe expose à la qualification d’acte anormal de gestion, sauf à démontrer une contrepartie ou l’intérêt propre du prêteur. Dans les groupes, la rémunération est donc la règle.

Les deux conditions de déductibilité des intérêts

Pour la société qui verse les intérêts, ceux-ci constituent une charge financière déductible du résultat imposable à deux conditions cumulatives (article 39, 1-3° du CGI) :

  1. le capital social doit être entièrement libéré ;
  2. le taux servi ne doit pas dépasser un taux plafond, égal à la moyenne annuelle des taux effectifs moyens pratiqués par les banques pour des prêts à taux variable aux entreprises d’une durée initiale supérieure à deux ans (TMP).

La fraction d’intérêts qui excède ce plafond n’est pas déductible : elle est réintégrée au résultat fiscal. Et le contrôle s’effectue compte courant par compte courant — aucune compensation possible entre un compte rémunéré au-dessus du plafond et un autre rémunéré en dessous (BOFiP, BOI-BIC-CHG-50-50-30).

Les taux maximum déductibles : chiffres 2025-2026

Le TMP est désormais publié par trimestre. Voici les plafonds applicables pour un exercice de 12 mois :

Date de clôture de l’exercice (12 mois)Taux maximum déductible
31 décembre 20245,75 %
31 décembre 20254,55 %
Du 31 janvier au 27 février 20264,49 %
Du 28 février au 30 mars 20264,44 %
Du 31 mars au 29 avril 20264,39 %
Du 30 avril au 30 mai 20264,37 %
Du 31 mai au 29 juin 20264,34 %

Le taux poursuit sa lente décrue après le pic de 2023-2024. Le TEMP du premier trimestre 2026 s’établit à 4,31 % ; le plafond des exercices clos entre le 30 juin et le 29 septembre 2026 ne pourra être calculé qu’à la publication du TEMP du deuxième trimestre. Pour les exercices d’une durée différente de 12 mois, un calcul prorata s’impose (BOI-BIC-CHG-50-50-30, § 80 et suivants).

Un détail qui coûte cher en contrôle : le taux se respecte à la décimale. Une convention à 4,60 % quand le plafond est à 4,55 % entraîne la réintégration de la fraction excédentaire — et le signalement du dossier.

Exemple chiffré

Reprenons nos 20 000 € apportés par le président. La convention prévoit un taux de 4 %. L’exercice de 12 mois est clos le 31 décembre 2025 (plafond : 4,55 %).

  • Intérêts versés : 20 000 € × 4 % = 800 €
  • Plafond de déduction : 20 000 € × 4,55 % = 910 €
  • Les 800 € sont intégralement déductibles du résultat de la société. À l’IS au taux réduit de 15 %, l’économie d’impôt est de 120 € ; au taux normal de 25 %, de 200 €.

Si la convention avait prévu 6 %, la société aurait versé 1 200 € mais n’aurait déduit que 910 € : les 290 € excédentaires auraient été réintégrés — tout en restant imposables chez l’associé. Double peine.

L’imposition des intérêts chez l’associé

Bénéficiaire des intérêtsRégime d’imposition
Associé personne physiqueRevenus de capitaux mobiliers : PFU de 31,4 % en 2026 (12,8 % d’IR + 18,6 % de prélèvements sociaux, après le relèvement de la CSG sur les revenus du capital par la LFSS 2026), contre 30 % en 2025. Option possible pour le barème progressif.
Associé personne morale (holding…)Produit financier soumis à l’IS dans les conditions de droit commun

Ce relèvement du PFU de 30 % à 31,4 % en 2026 change légèrement les arbitrages rémunération/intérêts/dividendes : il mérite d’être intégré dans toute stratégie de rémunération du dirigeant.

Deux obligations déclaratives qu’on oublie trop souvent

La procédure des conventions réglementées. La convention de compte courant rémunéré conclue entre la société et son dirigeant ou un associé significatif relève, selon la forme sociale, de la procédure des conventions réglementées (article L. 223-19 du Code de commerce pour la SARL, L. 227-10 pour la SAS) : rapport spécial et approbation par l’assemblée. L’omission n’entraîne pas la nullité de la convention mais engage la responsabilité du dirigeant si elle a des conséquences dommageables.

La DAS-2. Toute rémunération de compte courant versée à un même bénéficiaire pour plus de 2 400 € par an doit figurer sur la déclaration des honoraires, commissions et intérêts (le seuil a été relevé de 1 200 € à 2 400 € à compter des revenus 2024). Sanction de l’omission : une amende de 50 % des sommes non déclarées (article 1736, I-1 du CGI). Sur un compte courant de 200 000 € rémunéré à 4 %, l’oubli de la DAS-2 peut coûter 4 000 € d’amende. Pour 8 000 € d’intérêts.

Le remboursement du compte courant d’associé : ce que dit vraiment la jurisprudence

Le principe : remboursable à tout moment, même si la société va mal

C’est la caractéristique essentielle du compte courant d’associé, affirmée de manière constante par la Cour de cassation depuis plus de quarante ans (notamment Cass. com., 15 juillet 1982, n° 81-10.535 ; Cass. com., 24 juin 1997, n° 95-20.056 ; Cass. com., 10 mai 2011, n° 10-18.749) : en l’absence de terme convenu, l’associé peut exiger le remboursement de son compte courant à tout moment.

Et la Haute juridiction est allée loin dans la protection du prêteur :

  • la société ne peut pas opposer ses difficultés de trésorerie pour refuser ou limiter le remboursement — la Cour de cassation a censuré une cour d’appel qui avait plafonné le remboursement à la trésorerie disponible (Cass. com., 10 mai 2011, précité) ;
  • le juge ne peut pas accorder à la société le délai de restitution prévu à l’article 1900 du Code civil pour les prêts sans terme : la Cour l’écarte expressément en matière de compte courant d’associé, précisément parce que sa caractéristique essentielle est d’être remboursable à tout moment ;
  • l’associé qui a cédé ses parts conserve son droit au remboursement : la cession des titres n’emporte pas cession du compte courant, sauf clause expresse (Cass. com., 11 janvier 2017, n° 15-14.064 ; Cass. com., 27 mai 2021, n° 19-18.983 ; Cass. 1re civ., 27 septembre 2023). D’où l’importance capitale, dans tout acte de cession de parts ou d’actions, de régler expressément le sort du compte courant.

Côté prescription : la créance de compte courant sans terme ne devient exigible qu’à la demande de remboursement. Le délai de prescription de 5 ans (article 2224 du Code civil) ne court donc qu’à compter de cette demande, et non de la cession des parts ni des apports (Cass. com., 27 mai 2021, précité).

Les exceptions : quand le remboursement se complique

Le principe est puissant, mais il connaît des limites réelles :

SituationEffet sur le remboursement
Convention de blocage (avec la banque ou entre associés)Remboursement impossible pendant la durée du blocage, même si l’associé quitte la société
Terme ou préavis prévu dans la conventionLe remboursement attend l’échéance ou le respect du préavis
Clause statutaire encadrant le remboursementApplicable, mais d’interprétation stricte : elle ne peut réduire le droit au remboursement que si elle est claire
Procédure collective ouverte (sauvegarde, RJ, LJ)Gel du passif : la créance est déclarée, plus de remboursement libre (voir partie dédiée)
Demande abusive ou de mauvaise foiL’abus de droit reste une limite, appréciée restrictivement par les juges
Délais de paiement judiciaires (article 1343-5 du Code civil)Possibles dans certains cas, mais accordés avec parcimonie

Le piège du dirigeant qui se rembourse avant le dépôt de bilan

Point crucial, très recherché et presque jamais traité correctement : le dirigeant-associé qui rembourse son propre compte courant alors qu’il connaît les difficultés de la société joue avec le feu. Deux arrêts du même jour illustrent la ligne de crête (Cass. com., 20 octobre 2021, n° 20-15.736 et n° 20-11.095) : le remboursement de son compte courant par le dirigeant, en connaissance des difficultés financières et pour privilégier sa situation personnelle, peut caractériser une faute de gestion engageant sa responsabilité pour insuffisance d’actif en cas de liquidation ultérieure. La frontière est étroite entre l’exercice d’un droit (se faire rembourser) et la faute (se servir en premier quand le navire prend l’eau). Avant tout remboursement significatif dans une société fragile, un avis juridique s’impose — c’est typiquement le genre de décision qui se prépare avec son expert-comptable et son avocat.

La convention de compte courant d’associé

Aucun texte n’impose de convention écrite. Et c’est précisément le problème : sans écrit, tout le régime supplétif s’applique (remboursement à tout moment, pas d’intérêts, incertitudes en cas de cession ou de conflit). La convention est l’outil qui transforme un mécanisme subi en mécanisme piloté.

Une convention de compte courant digne de ce nom précise au minimum :

  • l’identité des parties et le montant (ou le plafond) des avances ;
  • la durée : indéterminée, déterminée, ou blocage pendant X années ;
  • la rémunération : taux fixe ou indexé (par exemple sur le taux maximum fiscalement déductible, ce qui évite tout dépassement), dates de calcul et de paiement des intérêts ;
  • les modalités de remboursement : à première demande, avec préavis (30, 60, 90 jours), échelonné, ou subordonné à des conditions (niveau de trésorerie, ratios) ;
  • le sort du compte en cas de cession des titres, de décès de l’associé, de changement de contrôle ;
  • l’éventuelle clause de subordination au profit des banques ;
  • l’éventuelle clause d’abandon avec retour à meilleure fortune, ou le renvoi à un acte séparé.

Rappel : si la convention prévoit des intérêts, la procédure des conventions réglementées s’applique dans la plupart des formes sociales. Et le formalisme fiscal (écrit, date certaine) sécurise la déductibilité des intérêts en cas de contrôle.

Le compte courant débiteur : l’interdit absolu

Un compte courant d’associé devient débiteur lorsque l’associé a retiré plus qu’il n’a apporté — autrement dit, lorsque c’est la société qui lui prête de l’argent. Pour les associés personnes physiques, c’est interdit :

Forme socialeTexteSanction encourue
SARL (gérants et associés personnes physiques)Article L. 223-21 du Code de commerceNullité de plein droit ; abus de biens sociaux le cas échéant (5 ans d’emprisonnement, 375 000 € d’amende)
SA (administrateurs, DG, représentants permanents)Article L. 225-43 du Code de commerceIdem
SAS (président et dirigeants)Article L. 227-12 renvoyant à L. 225-43Idem
Sociétés civiles (SCI…)Pas d’interdiction pénale équivalenteMais risque fiscal réel (voir ci-dessous)

S’y ajoute un risque fiscal souvent plus douloureux encore que le risque pénal : les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes interposées sont présumées être des revenus distribués (article 111, a du CGI). L’administration impose alors le solde débiteur comme un dividende déguisé entre les mains de l’associé — avec, en prime, la majoration de 25 % de l’assiette applicable aux revenus réputés distribués et d’éventuelles pénalités. En SCI à l’IS, le schéma « je pioche dans la caisse, on régularisera » se termine régulièrement en proposition de rectification.

Dans une société dotée d’un commissaire aux comptes, un compte courant débiteur peut par ailleurs déclencher une révélation de faits délictueux au procureur de la République. Autant dire que le sujet ne se traite pas à la légère.

Compte courant d’associé et contrôle fiscal : les 5 points que vérifie l’administration

Le compte courant d’associé est l’une des premières lignes que regarde un vérificateur, parce qu’il est au carrefour de tout : rémunération, distributions, trésorerie, relations intragroupe. Voici, dans l’ordre, ce qui est contrôlé :

  1. La réalité des apports. Tout crédit inscrit au compte courant doit être justifié (virement identifiable, note de frais, décision d’AG pour les dividendes non versés). Un crédit inexpliqué peut être requalifié en recette dissimulée ou, chez l’associé, taxé comme revenu d’origine indéterminée. Conservez les justificatifs de chaque mouvement, sans exception.
  2. Le taux et les conditions de déductibilité des intérêts. Capital entièrement libéré, taux sous le plafond trimestriel, convention écrite : les trois conditions sont vérifiées mécaniquement. Le dépassement se réintègre, l’absence de convention fragilise tout.
  3. Le solde débiteur. Détection immédiate via le FEC : présomption de revenus distribués (article 111, a du CGI), majoration de 25 %, débat quasi impossible à gagner sauf à prouver un prêt réel avec convention, intérêts et remboursement effectif.
  4. La DAS-2. Croisement automatique entre les intérêts déduits par la société et les intérêts déclarés. L’écart déclenche l’amende de 50 % (article 1736 du CGI) et une vérification de la cohérence côté IR de l’associé.
  5. Les avances intragroupe. Avance sans intérêt d’une filiale vers sa mère, ou taux hors marché entre sociétés liées : acte anormal de gestion, réintégration chez le prêteur, et articulation avec l’article 212 du CGI pour les entreprises liées (taux limite = taux de l’article 39, 1-3° ou taux de pleine concurrence si supérieur, à charge de preuve).

Un compte courant bien documenté (convention, relevés, justificatifs, DAS-2 à jour) traverse un contrôle sans dommage. Un compte courant « au fil de l’eau » est une invitation au redressement.

Ce que les banques regardent (et pourquoi elles demandent un blocage)

Le compte courant d’associé est un langage que les banquiers lisent couramment — et dans les deux sens.

Un signal de confiance. Un compte courant important montre que les dirigeants croient dans leur société et soutiennent sa trésorerie avec leur propre argent. À l’inverse, un dirigeant qui vide son compte courant juste avant de demander un financement envoie exactement le signal contraire. Les banques analysent systématiquement l’évolution des comptes courants sur les trois derniers bilans.

Des quasi-fonds propres, à une condition. Comptablement, le compte courant est une dette. Mais lorsqu’il est bloqué — c’est-à-dire lorsque l’associé s’engage par convention à ne pas en demander le remboursement pendant une durée déterminée —, les analystes crédit le retraitent en quasi-fonds propres dans le calcul des ratios (fonds propres / total bilan, capacité d’endettement). Ce simple retraitement peut faire basculer un dossier de financement du refus à l’accord.

Pourquoi la banque exige un blocage ou une subordination. En prêtant, la banque veut s’assurer que sa trésorerie ne servira pas à rembourser prioritairement les associés. Elle demande donc classiquement :

  • une convention de blocage des comptes courants pendant la durée du crédit (souvent alignée sur la durée du prêt) ;
  • et/ou une clause de subordination (cession d’antériorité) : l’associé accepte de n’être remboursé qu’après la banque ;
  • parfois un engagement de maintien, voire d’augmentation, des comptes courants en cas de dégradation de ratios.

Ces engagements se négocient. Deux points de vigilance issus de notre pratique : vérifier la durée exacte du blocage (elle survit à la sortie de l’associé du capital) et prévoir le sort du blocage en cas de remboursement anticipé du prêt.

Compte courant et procédures collectives : mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde, redressement, liquidation

C’est le domaine où le compte courant d’associé révèle sa vraie nature : celle d’une créance ordinaire, sans aucun privilège.

ProcédureSort du compte courant d’associé
Mandat ad hocProcédure amiable et confidentielle : le compte courant reste juridiquement remboursable, mais tout remboursement au dirigeant pendant la négociation fragilise l’accord et peut être reproché ensuite
Conciliation (art. L. 611-4 et s. du Code de commerce)Les abandons de créances consentis dans un accord constaté ou homologué bénéficient d’un régime fiscal de faveur (déductibilité, voir partie abandon) ; l’apport d’argent frais peut bénéficier du privilège de new money en cas d’homologation
SauvegardeGel du passif antérieur : la créance de compte courant doit être déclarée dans les délais, le remboursement libre cesse
Redressement judiciaireIdem : déclaration de créance, remboursement suspendu, sort réglé par le plan
Liquidation judiciaireL’associé est créancier chirographaire : il est payé après les créanciers privilégiés (salariés, fisc, organismes sociaux, banques titulaires de sûretés). En pratique, le compte courant est très souvent perdu en totalité

Trois enseignements pratiques :

  1. Déclarer sa créance, toujours. L’associé dont la société entre en procédure collective doit déclarer son compte courant au passif dans le délai de deux mois de la publication du jugement au BODACC, comme n’importe quel créancier. Beaucoup l’oublient, pensant que « la société sait bien qu’elle me doit cet argent ».
  2. Le remboursement de la période suspecte peut être annulé. Un remboursement de compte courant intervenu après la date de cessation des paiements (qui peut être reportée jusqu’à 18 mois en arrière) peut être frappé de nullité de la période suspecte — et, on l’a vu, caractériser une faute de gestion du dirigeant (Cass. com., 20 octobre 2021, précités).
  3. En amont, le compte courant est un outil de prévention. L’abandon avec clause de retour à meilleure fortune, réalisé dans le cadre d’un mandat ad hoc ou d’une conciliation, est l’un des leviers les plus efficaces pour restructurer un bilan sans passer par la case procédure collective. C’est l’objet de la partie suivante.

L’abandon de compte courant et la clause de retour à meilleure fortune

Le mécanisme

Lorsque la société traverse des difficultés, l’associé peut renoncer, totalement ou partiellement, au remboursement de sa créance : c’est l’abandon de compte courant. L’effet est immédiat et double :

  • la dette disparaît du passif, ce qui améliore les capitaux propres ;
  • la société constate un produit exceptionnel du montant abandonné, ce qui améliore son résultat.

C’est souvent l’outil décisif pour reconstituer des capitaux propres devenus inférieurs à la moitié du capital social (articles L. 223-42 et L. 225-248 du Code de commerce), rassurer les banques ou assainir un bilan avant une négociation.

La clause de retour à meilleure fortune

Variante précieuse : l’abandon assorti d’une clause de retour à meilleure fortune. L’associé abandonne sa créance aujourd’hui pour aider l’entreprise à passer le cap ; mais si la société retrouve une situation financière suffisamment solide — selon des critères objectifs définis dans la convention —, elle devra rembourser tout ou partie de la créance abandonnée.

Juridiquement, l’opération s’analyse en une extinction de l’obligation initiale (d’où le profit chez la société) doublée de la naissance d’une obligation nouvelle sous condition suspensive (BOFiP, BOI-BIC-BASE-50-20-10). Tout repose sur la rédaction des critères de retour à meilleure fortune : capitaux propres reconstitués à hauteur de X, résultat net positif pendant N exercices, trésorerie excédant Y, distribution de dividendes… Des critères flous, et c’est le contentieux assuré ; des critères précis, et le mécanisme protège réellement l’associé si l’activité repart.

La fiscalité de l’abandon : tout dépend de qui abandonne

C’est ici que les choses deviennent techniques — et que la plupart des contenus en ligne restent silencieux.

SituationChez la société bénéficiaireChez le créancier qui abandonne
Associé personne physique (dirigeant de PME)Produit exceptionnel imposable (IS ou IR selon le régime)Aucune déduction fiscale personnelle : la perte n’est pas déductible de son revenu global
Société créancière — abandon à caractère commercial (relations d’affaires, fournisseur/client)Produit imposableCharge déductible si l’abandon relève d’une gestion normale
Société créancière — abandon à caractère financier (holding envers sa filiale) hors procédureProduit imposable (sous réserve du cas du supplément d’apport)Non déductible depuis le 4 juillet 2012 (article 39, 13 du CGI)
Société créancière — abandon financier consenti dans une conciliation homologuée ou constatée, une sauvegarde, un RJ ou une LJProduit imposable, avec le tempérament de l’article 216 A du CGI dans les groupesDéductible à hauteur de la situation nette négative de la bénéficiaire et, au-delà, au prorata des participations des autres associés (article 39, 13, al. 3 du CGI)

Deux précisions qui changent tout en pratique :

Pour le dirigeant personne physique, l’abandon est un acte de soutien qui ne lui procure aucun avantage fiscal immédiat. Son intérêt est ailleurs : sauver la société, préserver la valeur de ses titres, éviter la procédure collective — et, grâce au retour à meilleure fortune, conserver une chance de récupérer sa mise. Quand la clause joue, la société qui rembourse constate une charge, déductible à hauteur du profit qu’elle avait antérieurement imposé lors de l’abandon (BOFiP précité) ; le remboursement reçu par l’associé personne physique n’est, lui, pas un revenu imposable — c’est le remboursement d’une créance.

Pour une holding, l’article 39, 13 du CGI a rebattu les cartes depuis 2012 : hors procédure de conciliation homologuée ou procédure collective, l’abandon financier n’est plus déductible. Conséquence stratégique directe : le calendrier compte. Un abandon consenti trois mois avant l’ouverture d’une sauvegarde n’ouvre droit à aucune déduction, là où le même abandon consenti dans le cadre de la procédure aurait été déductible — la jurisprudence apprécie les conditions à la date de la décision d’abandon, pas à la clôture de l’exercice. Dans les groupes, l’anticipation avec le conseil est déterminante.

Exemple chiffré complet : le cycle abandon / retour à meilleure fortune

Une SARL a des capitaux propres négatifs de − 35 000 €. Son gérant associé détient un compte courant de 60 000 €.

  1. Année N : abandon partiel. Le gérant abandonne 40 000 € avec clause de retour à meilleure fortune (critère : capitaux propres > 50 000 € et résultat net positif sur deux exercices consécutifs). La société constate un produit exceptionnel de 40 000 €. Ses capitaux propres passent de − 35 000 € à + 5 000 € : la procédure des capitaux propres inférieurs à la moitié du capital est purgée, la cotation Banque de France respire, la banque maintient ses lignes.
  2. Années N+1 à N+3 : redressement. L’activité repart. À la clôture N+3, les capitaux propres atteignent 82 000 € et le résultat est positif pour la deuxième année consécutive : les critères conventionnels sont remplis.
  3. Année N+3 : retour à meilleure fortune. La société redevient débitrice des 40 000 €. Elle comptabilise la charge correspondante, déductible à hauteur du profit de 40 000 € imposé en N, et rembourse le gérant selon l’échéancier prévu. Pour le gérant, ces 40 000 € ne sont pas imposables : il récupère sa créance.

Bilan de l’opération : la société a été sauvée sans apport extérieur, l’associé a été intégralement rétabli dans ses droits, et chaque étape a été sécurisée par une convention. C’est exactement ce que ce mécanisme permet quand il est correctement rédigé — et exactement ce qui déraille quand il ne l’est pas.

Cas particuliers : holdings, SCI, SEL et SPFPL

Dans les holdings et les groupes

Le compte courant est l’instrument central de la circulation de trésorerie intragroupe, avec plusieurs spécificités :

  • le monopole bancaire ne s’y oppose pas : les opérations de trésorerie entre sociétés d’un même groupe (liens de capital conférant un pouvoir de contrôle effectif) bénéficient de l’exception de l’article L. 511-7, I-3° du Code monétaire et financier. Une convention de trésorerie (ou d’omnium) est indispensable pour cadrer les flux, les taux et les plafonds ;
  • la rémunération est quasi obligatoire : une avance gratuite entre sociétés liées expose à l’acte anormal de gestion. Le taux doit respecter l’article 39, 1-3° du CGI et, pour les entreprises liées, l’article 212 (possibilité de retenir le taux de pleine concurrence s’il est supérieur, preuve à l’appui) ;
  • le compte courant y est aussi un outil d’ingénierie : une remontée de dividendes non versés inscrite en compte courant de la mère finance la fille ; une avance de la holding finance l’acquisition d’un immeuble par la SCI du groupe sans mobiliser de crédit ; le compte courant sert de variable d’ajustement dans un LBO entre le prix, la dette senior et l’apport. À chaque fois, la documentation (convention, taux, DAS-2) conditionne la solidité fiscale du montage.

Dans les SCI

Le compte courant est omniprésent en SCI, notamment familiale, et il y obéit à quelques règles propres :

PointSCI à l’IRSCI à l’IS
Plafonnement du taux (art. 39, 1-3°)Inapplicable à une SCI de gestion purement civile relevant des revenus fonciersApplicable dès l’option IS
Déductibilité des intérêtsChez les associés, au titre des revenus fonciers, si l’avance a financé l’acquisition, la construction, la réparation ou l’amélioration de l’immeuble (article 31, I-1°, d du CGI)Chez la SCI, dans la limite du taux plafond
Imposition des intérêts perçus par l’associéRevenus de capitaux mobiliers : PFU 31,4 % en 2026 (option barème possible)Revenus de capitaux mobiliers : PFU 31,4 % en 2026 (option barème possible)
Compte courant débiteurPas d’interdiction pénale, mais présomption de revenus distribués en SCI à l’IS (article 111, a du CGI) et risques civils entre associésIdem, risque fiscal maximal

Un point de transmission trop souvent découvert au pire moment : le compte courant est une créance, pas un titre. En cas de décès de l’associé, il entre dans la succession comme n’importe quelle créance et se partage entre héritiers, indépendamment des parts de SCI. Il ne bénéficie d’aucun des régimes de faveur attachés aux titres (le pacte Dutreil, notamment, ne couvre jamais le compte courant). Dans les stratégies patrimoniales, arbitrer entre laisser gonfler un compte courant et l’incorporer au capital est une vraie décision de transmission, à anticiper.

Dans les SEL et avec une SPFPL (professions libérales, médecins notamment)

Les sociétés d’exercice libéral connaissent un encadrement spécifique : les apports en compte courant y sont plafonnés par décret, profession par profession, à un multiple de la participation au capital de l’associé (plafonds réorganisés dans le sillage de l’ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 et de ses décrets d’application — les montants exacts dépendent de la profession et de la qualité de l’associé, et doivent être vérifiés au cas par cas avant toute avance significative).

Dans les montages SEL + SPFPL, le compte courant joue un rôle stratégique : la SPFPL qui a encaissé des dividendes de la SEL peut les réinjecter en compte courant pour financer un investissement, une acquisition de patientèle ou un rachat de titres. La rémunération de ces avances, l’articulation 39, 1-3° / 212 du CGI et la convention de trésorerie méritent une attention particulière — c’est un sujet que nous traitons régulièrement au cabinet pour les professionnels de santé, et sur lequel les erreurs de structuration coûtent cher.

Les 7 erreurs les plus fréquentes

#ErreurConséquenceParade
1Aucune convention écriteRégime supplétif subi : remboursement exigible à tout moment, incertitudes en cession, intérêts fragiles fiscalementRédiger une convention dès la première avance
2Confondre compte courant et capitalFonds bloqués (ou exigibles) à contretemps, dividendes mal anticipésArbitrer chaque financement avec son conseil
3Laisser le compte devenir débiteurInterdiction pénale (SARL, SA, SAS), revenus distribués + majoration de 25 %Suivi mensuel du solde, régularisation immédiate
4Dépasser le taux maximum déductibleRéintégration fiscale + intérêts imposés chez l’associé : double impositionIndexer le taux conventionnel sur le plafond trimestriel
5Oublier la DAS-2 au-delà de 2 400 € d’intérêtsAmende de 50 % des sommes non déclaréesIntégrer la DAS-2 au calendrier déclaratif annuel
6Se rembourser quand la société est en difficultéNullité de la période suspecte, faute de gestion, responsabilité pour insuffisance d’actifAvis juridique préalable, traçabilité de la décision
7Ignorer le compte courant dans une cession de titres ou une successionLe cédant reste créancier (ou les héritiers se déchirent)Clause expresse dans l’acte de cession ; anticipation successorale

En résumé

Le compte courant d’associé est l’outil de financement le plus souple du droit français des sociétés : il renforce la trésorerie en un virement, sans toucher au capital, peut être rémunéré dans la limite d’un plafond actualisé chaque trimestre (autour de 4,3 % à 4,4 % pour les clôtures 2026), remboursé selon les conditions prévues, bloqué pour rassurer une banque, et même abandonné — avec ou sans clause de retour à meilleure fortune — pour sauver une société en difficulté. Mais chaque situation est différente, et chacune de ces étapes emporte des conséquences juridiques, comptables et fiscales qu’il faut analyser avant de décider. Si vous êtes dirigeant et que vous vous posez des questions sur le financement de votre société, faites-vous accompagner par votre expert-comptable. Vous avez des questions sur votre compte courant d’associé ? Contactez-nous : c’est avec plaisir que nous vous renseignerons.

FAQ : vos questions sur le compte courant d’associé

Qu’est-ce qu’un compte courant d’associé, en une phrase ? C’est un prêt consenti par un associé ou un dirigeant à sa société, inscrit au passif du bilan comme une dette de la société envers lui.

Un compte courant d’associé est-il un compte bancaire ? Non. C’est une ligne comptable (compte 455) qui retrace ce que la société doit à l’associé ; aucun virement ne part « du » compte courant lui-même.

Qui peut faire un apport en compte courant ? Tout associé ou actionnaire, quelle que soit sa participation depuis la loi Pacte de 2019, ainsi que les gérants, présidents, directeurs généraux et membres du directoire ou du conseil de surveillance, même non associés selon la forme sociale.

Faut-il détenir 5 % du capital pour avoir un compte courant ? Non, plus depuis la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019. Cette ancienne condition a été supprimée.

Comment alimenter un compte courant d’associé ? Par un virement volontaire, par des frais professionnels avancés et non remboursés, ou par des sommes dues et laissées à disposition (rémunérations ou dividendes non versés).

Un apport en compte courant est-il imposable ? Non. Ni l’apport ni le remboursement du principal ne sont imposables : seuls les intérêts éventuels le sont.

Le remboursement d’un compte courant est-il taxable ? Non, le remboursement du capital prêté n’est pas un revenu. Seuls les intérêts perçus sont imposés.

Peut-on récupérer son compte courant à tout moment ? Oui, c’est le principe constant de la jurisprudence, sauf convention de blocage, terme, préavis ou clause statutaire claire — et sauf procédure collective ouverte.

La société peut-elle refuser le remboursement en invoquant sa trésorerie ? Non. La Cour de cassation juge que les difficultés de trésorerie ne sont pas opposables à l’associé qui demande le remboursement (Cass. com., 10 mai 2011, n° 10-18.749).

Une SAS peut-elle rembourser un compte courant quand elle veut ? Oui, dès que l’associé le demande ou selon les modalités de la convention ; la société peut aussi rembourser spontanément, sauf clause de blocage.

Combien de temps ai-je pour réclamer mon compte courant ? La créance se prescrit par 5 ans, mais ce délai ne court qu’à compter de votre demande de remboursement, pas de la date des apports (Cass. com., 27 mai 2021, n° 19-18.983).

Si je vends mes parts, est-ce que je perds mon compte courant ? Non. La cession des titres n’emporte pas cession du compte courant : vous restez créancier de la société, sauf clause contraire dans l’acte (Cass. com., 11 janvier 2017, n° 15-14.064).

Le repreneur de mes parts doit-il me rembourser mon compte courant ? Non, sauf s’il l’a expressément accepté dans l’acte : à défaut, seule la société reste débitrice (Cass. 1re civ., 27 septembre 2023).

Les intérêts d’un compte courant sont-ils obligatoires ? Non pour un associé personne physique. En pratique, la rémunération devient la norme lorsque le prêteur est une société, pour éviter l’acte anormal de gestion.

Quel est le taux maximum d’intérêt déductible en 2026 ? 4,55 % pour un exercice de 12 mois clos le 31 décembre 2025, puis 4,49 %, 4,44 %, 4,39 %, 4,37 % et 4,34 % pour les clôtures échelonnées de janvier à juin 2026. Le plafond est actualisé chaque trimestre.

Que se passe-t-il si le taux servi dépasse le plafond ? La fraction excédentaire est réintégrée au résultat imposable de la société, tout en restant imposable chez l’associé : elle est donc imposée deux fois.

Quelles conditions pour déduire les intérêts ? Capital social entièrement libéré et taux inférieur ou égal au plafond de l’article 39, 1-3° du CGI ; une convention écrite est en pratique indispensable.

Comment sont imposés les intérêts chez l’associé ? Pour une personne physique : PFU de 31,4 % en 2026 (12,8 % d’IR + 18,6 % de prélèvements sociaux), avec option possible pour le barème. Pour une société : produit financier soumis à l’IS.

Les intérêts de compte courant doivent-ils être déclarés sur la DAS-2 ? Oui, dès qu’ils dépassent 2 400 € par an et par bénéficiaire ; l’omission est sanctionnée par une amende de 50 % des sommes non déclarées.

Faut-il une assemblée générale pour un apport en compte courant ? Non pour l’apport lui-même. En revanche, la convention rémunérée avec un dirigeant ou un associé relève de la procédure des conventions réglementées selon la forme sociale.

Comment comptabiliser un compte courant d’associé ? Au crédit du compte 4551 lors de l’apport ; intérêts au débit du 6615 et au crédit du 4558 ; compte bloqué au 1681. Le solde figure au passif du bilan.

Un compte courant d’associé peut-il être négatif (débiteur) ? Non pour les personnes physiques en SARL, SA et SAS : c’est interdit (articles L. 223-21 et L. 225-43 du Code de commerce) et pénalement risqué (abus de biens sociaux). Fiscalement, le solde débiteur est présumé revenu distribué (article 111, a du CGI).

Qu’est-ce qu’une convention de compte courant d’associé ? Le contrat qui fixe le montant, la durée, le taux, les modalités de remboursement et le sort du compte en cas de cession ou de décès. Elle transforme un régime supplétif subi en mécanisme maîtrisé.

Qu’est-ce qu’une convention de blocage ? L’engagement de l’associé de ne pas demander le remboursement pendant une durée déterminée. Elle est le plus souvent exigée par les banques et permet de traiter le compte courant en quasi-fonds propres.

Pourquoi ma banque demande-t-elle le blocage de mon compte courant ? Pour garantir que son crédit ne servira pas à rembourser les associés en priorité, et parce qu’un compte bloqué améliore les ratios de structure financière du dossier.

Un compte courant bloqué peut-il être remboursé si je quitte la société ? Non : la convention de blocage continue de produire ses effets jusqu’à son terme, même après la perte de la qualité d’associé.

Que devient mon compte courant si la société est en liquidation judiciaire ? Vous êtes créancier chirographaire : vous devez déclarer votre créance et vous serez payé après les créanciers privilégiés. En pratique, le compte courant est très souvent perdu.

Puis-je me rembourser mon compte courant juste avant un dépôt de bilan ? C’est très risqué : le remboursement peut être annulé (période suspecte) et caractériser une faute de gestion engageant votre responsabilité (Cass. com., 20 octobre 2021). Ne le faites jamais sans avis juridique.

Qu’est-ce qu’un abandon de compte courant d’associé ? La renonciation, totale ou partielle, de l’associé à sa créance pour améliorer le résultat et les capitaux propres de la société, qui constate alors un produit exceptionnel imposable.

Qu’est-ce qu’une clause de retour à meilleure fortune ? La clause qui fait renaître l’obligation de remboursement si la société retrouve une situation financière définie par des critères objectifs (capitaux propres, résultats, trésorerie). L’abandon devient ainsi réversible.

L’abandon de compte courant est-il déductible pour moi, dirigeant ? Non : un associé personne physique ne déduit rien de son revenu personnel. L’intérêt de l’opération est de sauver la société et, avec la clause de retour à meilleure fortune, de garder une chance de récupérer sa créance.

Et pour une holding qui abandonne sa créance sur sa filiale ? Depuis le 4 juillet 2012, l’abandon à caractère financier n’est plus déductible (article 39, 13 du CGI), sauf s’il est consenti dans une conciliation homologuée ou constatée, une sauvegarde, un redressement ou une liquidation — et alors dans la limite de la situation nette négative de la filiale et du prorata des minoritaires.

Le remboursement au titre du retour à meilleure fortune est-il imposable chez l’associé ? Non pour une personne physique : c’est le remboursement d’une créance, pas un revenu. La société qui rembourse constate une charge, déductible à hauteur du profit antérieurement imposé lors de l’abandon.

Peut-on transformer un compte courant en capital ? Oui, par incorporation au capital (augmentation de capital par compensation avec la créance). C’est un levier classique pour renforcer durablement les fonds propres, qui peut en outre ouvrir droit à certains avantages fiscaux selon la situation.

Quelle différence entre compte courant et augmentation de capital ? Le compte courant est une dette remboursable sans formalisme ; le capital est un apport durable, restituable en principe à la dissolution seulement, mais qui renforce les fonds propres et la crédibilité du bilan.

Le compte courant d’associé existe-t-il en SCI ? Oui, il y est même omniprésent : financement de l’acquisition, des travaux, des charges. En SCI à l’IR, les intérêts versés sont déductibles des revenus fonciers si l’avance a financé l’acquisition, la construction, la réparation ou l’amélioration de l’immeuble.

Que devient un compte courant d’associé au décès de l’associé ? C’est une créance qui entre dans la succession et se transmet aux héritiers, indépendamment des parts sociales. Elle ne bénéficie pas des régimes de faveur des titres (le pacte Dutreil ne couvre pas le compte courant).

Peut-on céder son compte courant d’associé ? Oui, par une cession de créance distincte de la cession des titres, à mentionner expressément dans les actes.

Y a-t-il des plafonds de compte courant dans les SEL (médecins, professions libérales) ? Oui : des décrets propres à chaque profession plafonnent les apports en compte courant de certains associés à un multiple de leur participation au capital. Les montants exacts se vérifient profession par profession, notamment depuis la réforme issue de l’ordonnance du 8 février 2023.

Une holding peut-elle prêter à sa filiale sans enfreindre le monopole bancaire ? Oui : les opérations de trésorerie intragroupe bénéficient de l’exception de l’article L. 511-7, I-3° du Code monétaire et financier, à condition d’un lien de capital conférant un contrôle effectif. Une convention de trésorerie est vivement recommandée.

Une avance intragroupe sans intérêt est-elle possible ? Elle expose le prêteur à la qualification d’acte anormal de gestion, sauf contrepartie démontrée. Dans les groupes, rémunérer les avances est la règle prudente.

Le compte courant améliore-t-il mon dossier bancaire ? Oui, doublement : il témoigne de l’engagement des associés, et s’il est bloqué, il est retraité en quasi-fonds propres dans l’analyse crédit.

Quels justificatifs conserver pour un compte courant ? La convention, les relevés bancaires de chaque apport et remboursement, les notes de frais, les décisions d’assemblée pour les sommes laissées à disposition, et les DAS-2 : c’est votre dossier de défense en cas de contrôle.

Que contrôle l’administration fiscale sur un compte courant ? La réalité des apports, le respect du taux plafond et des conditions de déductibilité, l’absence de solde débiteur, la DAS-2, et la normalité des avances intragroupe.

Quand faut-il se faire accompagner ? Dès que le compte courant devient significatif, qu’une banque demande un blocage, qu’une cession ou une transmission se profile, que la société connaît des difficultés, ou qu’un abandon est envisagé : chaque situation est différente et mérite une analyse juridique, comptable et fiscale avant décision.

Sources

  • Code général des impôts : articles 39, 1-3° et 39, 13 (déductibilité des intérêts et des abandons), 111, a (revenus distribués), 212 (entreprises liées), 216 A, 1736
  • Code de commerce : articles L. 223-19, L. 223-21, L. 223-42, L. 225-43, L. 225-248, L. 227-10, L. 227-12, L. 611-4 et suivants
  • Code monétaire et financier : articles L. 312-2 (modifié par la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019) et L. 511-7, I-3°
  • Code civil : articles 1343-5, 1899, 1900, 2224
  • BOFiP : BOI-BIC-CHG-50-50-30 (taux limite, actualisation du 28 janvier 2026 et suivantes), BOI-BIC-BASE-50-20-10 (abandons de créances et retour à meilleure fortune), BOI-BIC-DECLA-30-70-20 (DAS-2)
  • Jurisprudence : Cass. com., 15 juillet 1982, n° 81-10.535 ; Cass. com., 24 juin 1997, n° 95-20.056 ; Cass. com., 1er juillet 2008, n° 07-16.215 ; Cass. com., 10 mai 2011, n° 10-18.749 ; Cass. com., 11 janvier 2017, n° 15-14.064 ; Cass. com., 27 mai 2021, n° 19-18.983 ; Cass. com., 20 octobre 2021, n° 20-15.736 et n° 20-11.095 ; Cass. 1re civ., 27 septembre 2023
  • Taux effectifs moyens trimestriels publiés au Journal officiel (avis Banque de France)

Article rédigé par le cabinet AUDIT EXPERTS — expertise comptable, audit et droit des affaires, Paris 8e. Dernière mise à jour : juillet 2026. Les taux et règles cités sont ceux en vigueur à cette date ; ils évoluent chaque trimestre pour les taux plafonds et à chaque loi de finances pour la fiscalité.

Auteur : Frédéric JANVIER

Expert-Comptable Président du cabinet d’expertise comptable Audit Experts

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